Portrait : Etienne Faugier
Bonjour Etienne Faugier. Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ainsi que votre engagement au sein de l’association P2M ?
Je suis maître de conférences en histoire contemporaine, au département tourisme de l’Université Lumière Lyon 2 depuis 2020. Mes recherches, débutées dès 2005, portent sur l’histoire des transports (l’automobilisme), l’histoire des mobilités et l’histoire du tourisme en France et au Canada, fin XIX-XXe siècles.
Ayant débuté une étude sur les impacts de l’automobile dans la ville de Québec, j’ai été mis en contact avec Mathieu Flonneau qui avait initié le séminaire Passé-Présent-Mobilité à Paris. J’ai rejoint le groupe de chercheurs et chercheuses en 2005-2007 et je ne l’ai plus quitté depuis. Plus encore, je me suis rapproché, par l’intermédiaire de P2M, de T2M où je suis allé à la rencontre de Gijs Mom, fondateur de cette association qui visait à développer les recherches sur les mobilités (2007). J’ai été, à titre d’étudiant, dans son comité exécutif de l’association (2011-2013), puis secrétaire de l’association (2017-2019) et j’en suis encore membre exécutif.
Comment en êtes-vous arrivés à l’étude des mobilités ?
Les mobilités occupent une place importante dans mes recherches. Si au départ de ma maitrise (Master1), j’ai étudié les impacts de l’automobile, j’ai pivoté vers la notion d’automobilisme, pour appréhender l’ensemble des véhicules motorisés et le système sur lequel ils reposent (Master2). Durant la thèse, j’ai poursuivi l’étude de ce concept tout en me familiarisant avec celui de mobilité qui me permet de confronter l’automobilisme aux autres modes de transport – train, vélo, bateau, tramway, etc.
Je me suis particulièrement intéressé par l’automobilisme, soit l’ensemble des véhicules motorisés (trop de recherche se centrent sur l’automobile individuelle), le système qui supporte ces véhicules et leurs impacts sur la société. Je réfléchis actuellement à un concept qui pourrait mieux représenter cet écosystème, car automobilisme cache trop les autres véhicules motorisés, peut-être faudrait-il parler de motorisme ?
Quelles contributions apportent vos travaux sur la manière de les appréhender ?
Pour moi, l’étude des mobilités se résume à appréhender plusieurs modes de transport. Il y a un flou autour du concept de mobilité et comment les chercheurs l’appréhendent, notamment en histoire. Le flou autour de la mobilité telle qu’elle est appréhendée par les historiens est que certains l’utilisent pour valoriser les études sur les usages et les usagers de transport alors qu’il s’agit selon moi d’avoir une approche pluri-modale. Pour ma part, l’approche des transports est une approche par mode, et l’approche des mobilités dépasse l’analyse d’un seul mode de transport. Mes travaux m’ont amené progressivement à passer de l’étude de l’automobile, à l’étude de l’automobilisme puis à celle des mobilités, à travers le concept de vitesse. A l’aide de l’historiographie, j’ai défini la vitesse comme un socio-système logique et cohérent qui s’appuie sur une infrastructure, un ou plusieurs mobiles, une culture du déplacement et des pratiques de déplacement. Cette définition peut me semble-t-il permettre d’appréhender à la fois l’approche modale et l’approche multimodale. L’analyse modale est intéressante et pertinente, mais elle doit se coupler d’une analyse de mobilités pour rendre mieux compte de la réalité du terrain et des usagers des transports.
Un apport singulier de mes travaux, je pense, est celui d’avoir effectué le pas de côté de ne pas étudier l’espace urbain, mais plutôt l’espace rural ou plus largement les territoires. Si aux Etats-Unis, les études sur les mutations de l’automobile dans les espaces ruraux ont été abordées dès 1970, en France, peu d’historien s’y sont intéressés. Ma thèse était d’argumenter que dans l’espace rural, les transformations sont plus nombreuses et plus diverses que dans l’espace urbain et donc qu’il doit y avoir un intérêt plus fort à regarder au-delà de la ville pour appréhender l’automobilisme avec ses forces et ses faiblesses.
Quelles sont selon vous les pistes les plus prometteuses de l’étude des mobilités ? Les chantiers qui méritent de plus grand développement encore ?
Plusieurs chantiers me semblent prometteurs, particulièrement celles concernant les marges : l’approche patrimoniale, l’approche touristique, l’approche rurale. Peu de chercheurs se sont penchés sur ces sujets, quelques-uns y viennent lentement, notamment depuis le phénomène des gilets jaunes.
Les chantiers qui me semblent mériter des développements sont ceux entourant des modes de transport moins visibles et dominants : l’ascenseur, les remontées mécaniques, les taxis, les mobilités en situation de handicap. L’approche par la gestion de l’espace public et l’infrastructure de transport me semble intéressante afin d’embrasser plusieurs modes et d’en faire une analyse d’histoire des mobilités.
Bibliographie sélective
E. Faugier, « Transports touristiques contre mobilités touristiques ? Démoder et dé-modaliser l’approche géohistorique du tourisme », Revue Mondes du Tourisme, http://journals.openedition.org/tourisme/6868, mis en ligne le 08 juillet 2024.
E. Faugier, « L’espace rural, terrain de prédilection de l’automobilisme : l’exemple du département du Rhône (1900-1939) », Pour : La revue du Groupe Ruralités, Éducation et Politiques, 2024, n°249-250 (2-3), « Mobilités en milieu rural », p. 189-208.
E. Faugier, “The Necessity of Slowing Time: Speed as bridge between Transport History and Mobility History”, in Kyle SHELTON, Weiqiang LIN, Dhan Zunino SINGH, Christiane KATZ (eds.), Mobility in History, Bergham Journals, vol. 8, 2017, p.103-110.
E. Faugier, Les Québécois au volant : La révolution de l’automobilisme dans la région de Québec, XIXe – XXe siècles, Québec, Septentrion, 2024.
E. Faugier, avec Louis Baldasseroni, Claire Pelgrims (dir.), Histoire des transports et des mobilités : France, XIXe-XXe siècles, Paris, Armand Colin, 2022.

OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Paul Lesieur (12 mars 2025). Portrait : Etienne Faugier. Association Passé-Présent-Mobilité (P2M). Consulté le 11 septembre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/13gj5

