Joyeux 20 ans au séminaire P2M ! Discours d’ouverture de Mathieu Flonneau
Monsieur le Ministre, monsieur le Président, mesdames et messieurs les élus, mesdames et messieurs, chers collègues,
Je souhaiterais dire merci et exprimer notre reconnaissance à Katrin Moosbrugger, Benoit Vaillot et Pierre Van Corneval, tout en abrégeant les remerciements et salutations qui seront consignées par écrit pour aller à l’essentiel. Ceci est donc une brève introduction qui porte moins un « nous » de majesté qu’un « nous » collectif , celui de l’expression d’un regard distancié et indépendant d’une association d’universitaires qui aurait pu avoir comme nom en référence à Jules Verne « Mobilis in Mobile ». C’était une hésitation puis nous sommes allés vers « P2M » Passé-Présent-Mobilité plus prosaïque mais surtout en décalque de l’appellation de l’association internationale T2M Traffic Transport To Mobility fondée par Gijs Mom que je mentionne avec plaisir. Nous avons travaillé depuis 2005 la mobilité comme prose et nous avons vu l’avènement de la LOM comme une forme d’aboutissement.
J’ai donc le luxe d’être quelque peu intempestif, de pouvoir le dire ici et de faire semblant de regarder le passé. Vous me permettrez de dépasser l’horizon difficilement évitable de la conférence annoncée pour, n’ayez crainte, y revenir cependant à notre manière ! J’insère donc un peu de temps long dans ce propos liminaire en suggérant aussi le regard sur les lectures des fiches distribuées sur les chaises.
Je rappelle d’un mot le point de départ initié avec Vincent Guigueno mon frère de recherche en sciences humaines que je salue particulièrement, comme Arnaud Passalacqua empêchés ce jour. Je salue d’autres présents dans la salle qui pour certains s’exprimeront dans un instant, Etienne Faugier, actuel président, Anne Conchon, Sébastien Richez, Stève Bernardin, François Rousseau Emma-Sophie Mouret, Louis Baldasseroni, Léonard Laborie,. Nous célébrons ce jour le « séminaire souche » d’une association qui a su se structurer indépendamment des rigidités des laboratoires universitaires.
1 – Un séminaire qui a reçu près de 300 intervenants (universitaires, journalistes, membres d’associations, militants, représentants d’institutions culturelles, hommes politiques, aménageurs) au fil de ses vingt saisons d’existence ; qui a fréquenté de multiples lieux, entre Paris et ses universités et grandes écoles, Lyon, Fontainebleau, Dunkerque, Marne-la-Vallée, Compiègne, Rome, Nîmes, Blois… Nous sommes allés puis retournés à Cerisy-la-Salle et déjà une fois ici même, en formation restreinte, autour du Grand Paris Express conviés par Pierre Veltz du temps de Christian Blanc.
2- Un séminaire qui a vu et voit encore l’implication de jeunes chercheuses et chercheurs et de personnalités intellectuelles ou actrices de renommée mondiale comme Catherine Bertho-Lavenir, David Edgerton, Daniel Roche, Bruno Latour, Ruth Oldenziel, Cotten Seiler, Antoine Picon, Matthew Crawford, Peter Norton, Valérie Schaefer, Pascal Griset, Vincent Kaufmann, Laurent Tissot, Yves Crozet, Michel Savy ou Nathalie Roseau parmi bien d’autres.
3 – Un séminaire qui a fonctionné avec des adossements importants et des synergies de recherches avec de multiples ANR, Resendem (qui posait la question de la construction sociale des réseaux techniques en démocratie), Tensions of Europe, VIGS, Rails et Histoire, le séminaire d’Histoire des Sciences et de l’Innovation, le Comité des Constructeurs Français d’automobiles, le Forum Vies Mobiles, l’Institut des Sciences de la Communication du CNRS… Et nous avons été lus et avons servi de sources d’inspiration pour d’autres séminaires, think tanks, forum ou « rencontres » qui ont fleuri ici ou là.
Alors, quel a été notre apport aux avancées collectives ? je le résumerai à un éveil et à une liberté critique et à la densité de quelques thèmes transversaux mis en valeur pour l’analyse des écosystèmes de mobilités, en apprenant à distinguer les modes de transport des infrastructures de mobilités, tout en soulignant les spécificités des usages et des usagers.
Donc depuis 20 ans donc nous déclinons les valeurs de la durée voire de la « longue durée ». Ce que nous avons découvert comme tous parfois sous le choc de l’événement comme lors de la crise COVID et tenté de recontextualiser avec nos méthodes m’invite à revenir sur quelques mots clés comme le user turn, (l’invention des usagers dans le jeu de la demande et de l’offre) ou la « démodalisation ». En effet, nous avons aidé à dessiner la nouvelle géométrie des transports impactée par le cours de l’histoire abusivement parfois nommé « sens de l’histoire ».
Le concept de mobilité a permis de « détechniciser », « démodaliser » et « démoder », et de « défonctionnaliser » la question telle qu’elle se posait traditionnellement. Nous avons fait des efforts « laïcs » pour éviter les guerres de religion par mode. Nous avons connu les incantations du transfert modal et la baisse paradoxale des volumes de fret ferroviaire, le Maas, la « ville du quart-d’heure »… Nous avons appris des controverses et de la déconstruction des idoles, des fétiches et aussi de la déconstruction des dérégulateurs. Les habits neufs du rail, les difficultés de l’automobile devenue à certains égards une technologie « zombie », mais aussi la levée du « tabou routier » liée aux impératifs de la décarbonation, la collectivisation des usages routiers, la valorisation de l’existant et même, comme quoi il ne faut pas désespérer, les débuts de l’exploitation dynamique du boulevard périphérique parisien et des voiries d’Ile-de-France ! L’apesanteur persistante de l’aérien, du low cost, les questions d’énergie, de genres, d’ubérisation, de logistique, de tourisme, de sécurité, de mobilité augmentée, de contrôle des données (que l’on pense que le smart phone n’existe que depuis 2007…), des concessions autoroutières, de la redistribution de l’espace public, des « trains du quotidien » et ceux « d’équilibres du territoire », toutes questions hautement politiques abordées au cours de nos séances mensuelles.
Nous avons accompagné la montée de la demande de réinvestissement de l’Etat stratège et de montée en compétences depuis les services centraux jusque dans les territoires et les nouvelles autorités organisatrices de mobilité. La mobilité n’est plus une simple variable d’ajustement : elle s’impose comme centralité, ce que la LOM dit littéralement.
Nous avons aussi appris des effets rebonds pervers ; et de la place plus ou moins sincère accordées aux usagers et aux ambitions du service au public, voire du service public. Nous avons vu de longue date les conséquences de l’abandon de l’éco-taxe, la vague de fond d’un possible « grand refus » fiscal, des « bonnets rouges », des « gilets jaunes », des ZFE et des enjeux de tarification ou de gratuité.
Nous avons enfin appris la valeur du ralentissement – et pas qu’en vieillissant nous-même !-, en voyant les infrastructures vieillir. Percutés comme tous par les transitions écologiques et mobilitaires, l’émergence des modes et mots « doux et actifs », de l’engouement pour le vélo, de l’acceptation sociale des grands chantiers par exemples de NDDL, de la déviation de Beynac jusqu’à celui brûlant de l’autoroute A69. Nous avons réfléchi à l’aménagement et au ménagement du territoire, sur fond de deuil imposé de la croissance pour explorer sans dogmatisme la question des soutenabilités et de la bonne échelle des modes capacitaires et robustes. Voilà en quelques mots les thématiques sur lesquelles nous avons beaucoup travaillé, et je le relève, nous n’avons oublié ni ruralia, ni metropolia ni périphéria… Bref et j’en finis, nous avons réfléchi à notre mesure à la reformulation de l’utilité publique telle qu’énoncée en leurs temps par un Jules Dupuit, un Raoul Dautry ou un Paul Delouvrier, avec pas moins d’enjeux à chaque époque.
Merci d’avoir entendu ce que je souhaitais dire un peu à l’écart du « TTU » des cabinets ministériels et de l’agenda administratif. Vingt ans, un bel âge ! et aussi la fin de l’innocence. Il reste ce jour le plaisir d’une rencontre avec l’Afitf, et l’occasion de rappeler que P2M a partie liée avec le Comité d’histoire depuis son origine : longue vie à P2M, bonnes table-rondes à tous et merci pour votre attention !
Mathieu Flonneau, 25 mars 2025

OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Paul Lesieur (28 mars 2025). Joyeux 20 ans au séminaire P2M ! Discours d’ouverture de Mathieu Flonneau. Association Passé-Présent-Mobilité (P2M). Consulté le 12 septembre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/13lce

